Les Évêques de Madagascar pointent du doigt l’irresponsabilité des dirigeants

Mgr-Tsarahazana

Mgr. Désiré TSARAHAZANA Archevêque, Président de Conférence épiscopale

Dans son communiqué du 13 mai 2017, date qui n’était pas choisie au hasard, car elle rappele la révolution malgache en 1972, la Conférence des évêques catholiques de Madagascar fustige l’attitude du gouvernement.

Au lieu de rechercher des solutions durables aux problèmes qui frappent lle pays, le gouvernement n’est pas gêné de piétiner les lois fondamentales. La Constitution malgache est systématiquement bafouée, violée et confisquée. L’Etat de droit n’est pas préservé et face à la crise socio-économique que traverse le pays, la Conférence des Evêques de Madagascar  tire la sonnette d’alarme. Elle lance un message aux baptisés et aux personnes de bonne volonté pour produire “des fruits dignes de repentir”. Les Évêques dénoncent les agissements du pouvoir politique comme judiciaire et pointent du doigt l’incompétence et l’irresponsabilité en générale des hommes politiques et dirigeants.

En dépit des crises politiques, sociales et économiques successives qui ont implosé le pays, les Evêques de Madagascar avaient toujours tenté de maintenir la cohésion et le dialogue et évitent d’engager un bras de fer avec le gouvernement. “Maintes fois, nous, vos Evêques, avons écrit et sonné la sonnette d’alarme sur les réalités qui prévalent dans notre pays…Toutefois, nous constatons que la vie de la Nation en de nombreux domaines s’enfonce de plus en plus dans des difficultés énormes”, ont déclaré les Evêques avant de rappeler une série d’atrocités et de crimes qui se sont récemment produits à Antsakabary (incendie des villages par des agents de polices selon la population), à Antsirabe (vol suivi de viol dans un couvent), à Antsohihy (vol de cloche, prêtre tué dans une attaque armée).

En fait, les Evêques ont condamné sévèrement la politique du président Hery Rajaonarimampianina et les actions de son gouvernement. “Il ne suffit plus d’en parler pour éveiller l’opinion, la situation qui prévaut exige une prise de conscience qui débouche sur une véritable conversion pour qu’il y ait un vrai changement en profondeur. Le fondement de tout ce qui arrive est que l’argent, le mensonge et les fraudes sont devenus l’unique référence… Conséquence fâcheuse: les sages et les gens honnêtes ne sont plus écoutés ou respectés, ni suivis”, ont ils affirmé. Ces Evêques ont lancé un appel au  peuple pour suivre un modèle de patriotisme d’un certain “Ramose” (monsieur) Lucien Botovasoa.

Pour rappel, Lucien Botovasoa était un instituteur malgache, fidèle et fervent catholique apprécié de tous. Directeur d’une école, hyper dynamique (chanteur, catéchiste et entraîneur sportif), il est né en 1908 et assassiné (égorgé) en 1945. Son martyr est reconnu par le Saint-Siège au mois de mai 2017. « Le 2 mai 2017, le Pape François a décrété le ‘Ramose’ Lucien Botovasoa, martyr de la foi et de la charité”, a précisé le communiqué des Evêques. “Que mon sang versé serve pour le salut de mon pays”, avait déclaré à l’époque le « Ramose » Botovasoa.

Puis les Evêques s’adressent aux membres du gouvernement, aux fonctionneurs et hauts responsables étatiques.

“Chers Médecins et paramédicaux, ressaisissez-vous et soyez fidèles à votre serment d’Hippocrate”, ont-ils annoncé avant d’accabler les responsables du ministère de la Santé publique. “Les hôpitaux sont là pour la protection de la vie. Combien de malades graves doivent rentrer chez eux sans avoir eu des soins dans les hôpitaux publics car ils n’ont pas donné des dessous-de-table. Les prix des médicaments sont exorbitants. Nous craignons que ce ne soit un véritable “génocide silencieux” qu’on est en train d’accomplir à travers tout le pays, cela notamment à travers ces innombrables avortements”, ont-ils fustigé en direction des responsables du ministère de la Santé.

“Pour réhabiliter la dignité de l’éducateur et de l’enseignant, il est nécessaire d’avoir des modèles, des sages et des personnes responsables comme ‘Ramose’ Lucien Botovasoa. Abstenez vous de vendre des diplômes ou de détourner des jeunes élèves”,  ont-ils clamé à l’endroit des responsables du ministère de l’éducation et de l’enseignement.

“Vous les gendarmes, policiers et militaires, gradés ou simples soldats. Beaucoup d’entre vous ont été vus et suspectés d’être  des complices de bandits et de voleurs de boeufs  (dahalo), leur louant des fusils et leur vendant des balles, en terrorisant les  paysans de la brousse, sans parler des rackets  envers les chauffeurs des taxis brousse sur les routes de Madagascar”, ont-ils pesté à l’égard des responsables du ministère la sécurité mublique et celui de la Défense nationale. Les Evêques ont rappelé l’avertissement  de Saint Jean Baptiste aux soldats: “Ne molestez personne, n’extorquez rien, et contentez- vous de votre solde.” Souvenez  vous de votre serment : “Pour la Patrie”. “Vous êtes là pour protéger la vie et non pour autres choses”, ont-ils conclu.

“Des étrangers se ruent sur nos richesses minières. Ils les connaissent mieux que nous. Nous devenons en fait des propriétaires qui ne peuvent plus jouir de leurs biens. Les étrangers les dilapident sans vergogne. Ils peuvent le faire car vous les responsables, vous êtes en intelligence avec eux pour profiter de petits gains personnels et ceci en leur procurant des permis d’exploitation. Sachez bien que ces richesses exploitées ne vous appartiennent pas et seront définitivement perdues pour notre pays .Pourquoi alors laisser vilipender ainsi notre nation?”, ont-ils lancé à l’endroit des responsables du ministère de mines et de l’énergie.

“De vous, on ne constate pas grand chose de vrai ni de juste. On parle que de corruption, de condamnation d’innocents, de la vérité qui est bafouée. Ce qui est plus affligeant c’est de savoir que certains d’entre vous qui travaillent sérieusement sont persécutés ou bien sont affectés ailleurs. Comme conséquences néfastes les gens prônent comme solution immédiate les vindictes populaires. L’état de droit est devenu une parole vide de sens. Examinez votre conscience et convertissez-vous , afin d’être fidèles au serment que vous avez prononcé”, ont-ils exigé aux responsables du ministère de la Justice :

Les Evêques n’étaient pas tendre envers le président et l’ensemble des élus. “C’est par le peuple que vous avez reçu le pouvoir mais vous avez abusé de ce pouvoir et ce n’était pas pour le bien du peuple. Est-ce que vous croyez que ces petits dons faits par ici et par là suffisent pour calmer les pleurs du peuple. Souvenez-vous de vos promesses et du serment que vous avez conclu ensemble avec le peuple lors de la propagande”, ont-ils annoncé à l’endroit des élus, plus particulièrement en direction du président de la République, car ce dernier a effectivement prêté serment avant d’assumer ses fonctions.

En fin, la Conférence des Evêques s’adresse aux hommes politiques. “Vous les politiciens aussi bien de l’opposition que du pouvoir. Dans vos agissements, on voit bien que la politique que vous menez, loin d’être la recherche du bien du peuple n’est par contre qu’une recherche effrénée d’intérêts personnels et désir de se maintenir au pouvoir à tout prix. Reprenez-vous donc et défendez le bien commun qui doit vous être précieux, comme la prunelle de vos yeux”, ont ils conclu.

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