A Madagascar: Les âmes des ancêtres dans les corps des caïmans d’un lac sacré!

AntanagnavoIncroyable, mais vrai! L’histoire commence il y a très longtemps et s’étend jusqu’à nos jours. Au Sud du Massif d’Ambre, non loin du village d’Ambohimarina, se trouve un assez grand lac qui est sacré que l’on nomme Antañavo (Antagnavo) dans la commune rurale  d’Anivorano Nord, banlieue de Diégo-Suarez au nord de Madagascar.

Recueillis par Honorique

Le récit: Jadis, il y avait un vieillard, qui passait dans ce village d’Antagnavo, il avait très soif et demandait de l’eau aux habitants. Personne ne lui a donné à boire. Au bout d’une vaine tentative, il y a eu quand même une vieille dame qui lui a donné de l’eau. Alors, le vieillard a prié et a remercié la vieille dame qui lui a offert de l’eau. De même il a supplié la dame de quitter ce village car il va le maudire à cause de ses habitants qui étaient vraiment méchants, inhumains: ils étaient tous radins pour un verre d’eau.

Donc, le vieillard implorait le ciel pour leur donner de l’eau en abondance, un peu comme l’histoire  biblique de Moïse ou celle de Noé. Et aussitôt que son sauveur, c’est-à-dire la vieille dame a quitté le village, la pluie s’est mise à tomber jusqu’à inonder et engloutir le village d’Antagnavo. Et tous les habitants du village se sont transformés en crocodiles.

Jusqu’à nos jours, le lac sacré d’Antagnavo est plein de crocodiles. Les habitants d’Anivorano sont persuadés que les âmes des ancêtres passeront dans les corps des générations de caïmans qui peuplent ce lac sacré. C’étaient, autrefois, les habitants de ce village, leur chef s’appelle “Jaomarainga” (littéralement, Jean le vif).

Un rituel se déroule tous les ans, généralement au mois d’avril où la population sacrifie des bœufs en l’honneur de ces crocodiles abritant les âmes des villageois disparus. Ce lac sacré d’Antagnavo est un lieu sacré, respecté et très propre où il est interdit de faire des saletés sur ses abords …

 “A ce moment précis, le village s’effondra, laissant dans le sol une énorme cavité qui se remplit d’eau. C’est ainsi que se forma le lac d’Antagnavo où sont engloutis de nombreux ancêtres dont les âmes sont venues se réfugier dans les corps des caïmans qui peuplent encore le lac”, raconte A. Dandouau, dans un extrait de son livre, Contes populaires des Sakalava et des Tsimihety (côte nord-ouest de Madagascar).

lac-Antagnavo

Au Sud du Massif d’Ambre, non loin du village d’Ambohimarina, se trouve un assez grand lac que l’on nomme Antañavo (Antagnavo). Au sujet de ce lac, qui est sacré pour eux, les Sakalava (un des 18 groupes ethniques de Madagascar ) content la légende suivante.

A l’endroit où se trouve aujourd’hui le lac, il y avait autrefois un grand village sakalava. Les habitants de ce village avaient un roi, des princes, des princesses. Ils avaient aussi des troupeaux de bœufs, des champs de manioc et de patates, des rizières: en un mot ils vivaient exactement comme les autres Malgaches.

Dans ce village se trouvaient, mêlés à la foule des autres habitants, un homme et une femme, dont les noms sont restés inconnus. Ils étaient mariés et avaient un enfant de six mois environ. Une nuit, cet enfant se mit à pleurer, sans que l’on sût pourquoi, et rien ne pouvait le consoler. Sa mère avait beau le caresser, le prendre dans ses bras et le bercer en chantant, rien n’y faisait. Lorsqu’elle lui donnait le sein, il le refusait et continuait à pleurer.

Alors elle quitta la natte sur laquelle elle reposait et alla s’asseoir hors du village, sous le gros tamarinier où les femmes ont coutume de se réunir matin et soir, pour piler du riz, et que pour cette raison, on appelle ambodilôna. Elle pensait que le grand air et la fraîcheur de la nuit calmeraient son enfant.

Sitôt qu’elle fut assise, il se tut et s’endormit. Elle retourna tout doucement dans sa case, mais à peine y était-elle rentrée qu’il se réveilla et se mit à crier de plus belle.

Elle ressortit et revint s’asseoir sur un mortier à riz. Comme par enchantement, les pleurs de l’enfant cessèrent et il se rendormit. Sa mère voulut de nouveau revenir vers son mari; mais sitôt qu’elle eut franchi la porte de sa case, les pleurs recommencèrent avec des contorsions et de grands cris. Trois fois la mère fit ainsi, et trois fois l’enfant, s’endormant dès qu’elle était assise sur le mortier à riz, se réveillait et criait dès qu’elle essayait de rentrer chez elle.

Elle sortit alors une quatrième fois et se décida à passer la nuit sous le tamarinier.

A peine était-elle assise que tout le village s’effondra brusquement, s’enfonça dans le sol et disparut avec grand bruit. Un trou énorme se creusa à sa place et se remplit d’eau. Et l’eau arriva jusqu’au pied du tamarinier où la femme épouvantée se tenait, serrant convulsivement son enfant entre ses bras.

Elle fut, avec son fils, la seule survivante de la catastrophe. Dès qu’il fit jour, elle quitta son refuge et courut jusqu’au village le plus proche raconter aux habitants ce qui s’était passé sous ses yeux.

Le lac qui s’est ainsi formé à la place du village est sacré. De nombreux crocodiles l’habitent et les Sakalava croient que les âmes des anciens habitants disparus se sont réfugiées dans leur corps. Aussi ne les tue-t-on pas. On a pour eux, au contraire, la plus grande vénération.

Lorsqu’un couple est menacé de stérilité, il se rend au bord du lac. Il invoque les esprits des habitants disparus et les prie de vouloir bien lui accorder une nombreuse progéniture, promettant, en échange, de venir leur sacrifier un boeuf ou des volailles.

  • Lorsque la prière est exaucée, le couple revient au bord du lac accomplir son voeu. Les animaux promis sont sacrifiés au bord de l’eau, et une partie de leur chair est distribuée aux crocodiles du lac.
  • Lorsqu’un Malgache tombe malade (…) on le transporte au bord du lac, on le lave avec ses eaux et il guérit. C’est là même, le seul remède qui soit efficace; aucune autre prescription de sorcier ne saurait amener la guérison.

Mais on ne peut entrer dans l’eau pour s’y baigner. Il est même très fady (interdit) d’y plonger les pieds et les mains. Lorsqu’on veut en boire on doit la puiser à l’aide d’un récipient disposé au bout d’un long manche et on va l’absorber à quelques pas du bord. Les ablutions elles-mêmes ne sauraient être faites qu’à une certaine distance des rives.

Il est aussi très fady (tabou) de cracher au bord du lac ou d’y satisfaire à un besoin naturel. Celui qui violerait ces défenses serait dévoré tôt ou tard par les crocodiles qui respectent, au contraire, tous ceux qui s’y soumettent et qui ne disent jamais du mal du lac et de ses habitants.

Au Sud-Est du lac se trouve une montagne qu’on appelle Maherivaratra (ou littéralement, les orages ou les tonnerres sont très forts). Elle est, paraît-il, habitée par les orages qui trouvent un refuge dans un lac très profond placé à son sommet

Extrait de Mythes, rites et transes à Madagascar, Karthala Editions, 1996.
Par JAOVELO-DZAO Robert, Professeur d’anthropologie et d’histoire contemporaine
Université Nord Madagascar 

 

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