L’Affaire “Claudine Razaimamonjy” prend une tournure diplomatique

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Jean-Louis Andriamifidy, Dg Bianco

Claudine Razaimamonjy, la femme d’affaires et conseillère spéciale de la présidence proche du couple présidentiel, sous mandat de dépôt depuis vendredi 7 avril et poursuivie pour favoritisme dans l’attribution de marchés publics, détournements de fonds et blanchiment d’argent, a pu s’échapper de l’hôpital Joseph Ravohangy Andrianavalona (HJRA) où elle a été admise en hospitalisation suite à un malaise dont elle a été victime après l’annonce de sa mise en détention préventive par la justice.

Etant bien surveillée par des Agents pénitenciers à l’hôpital, son départ est inattendu et qualifié par le Syndicat des Magistrats de Madagascar (SMM) d’évasion “organisée au vu et au su de tout le monde”. Ayant bénéficié d’une autorisation d’évacuation sanitaire co-signée par les responsables de ministère de la Justice et de la Santé, Claudine Razaimonjy a quitté l’HJRA ce lundi 10 avril, au petit matin (3H00), et a pris le jet privé avec ses proches dont le sénateur Riana Andriamandavy VII, son beau-frère, pour rejoindre la clinique privée, Fortis Darné, à l’île Maurice.

“Madame Claudine Razaimamonjy se trouve dans un centre hospitalier de l’île Maurice et elle est sous bonne garde et n’est pas libre”, a déclaré le ministère malgache de la justice.

Une déclaration qui ne convainc personne, puisque Claudine Razaimanonjy est arrivée lundi matin à bord d’un jet privé et aurait passé seulement deux jours en observation dans une clinique privée. Des sources médicales privées affirment que son état n’a pas nécessité de soins spéciaux. Claudine Razaimamonjy se trouvait encore sur le sol mauricien jeudi 13 avril au soir.

Le SMM dénonce le non respect des procédures. “Les procédures d’autorisation d’évacuation sanitaire n’ont pas été respectées. L’expertise médicale qui a été seulement menée par le médecin de l’hôpital d’Antananarivo n’est pas conforme à la loi. Une procédure d’évacuation d’urgence doit être, au moins, accompagnée par deux contre-expertises du médecin du ministère de la Justice et de celui de la prison. Règlement qui n’a pourtant pas  été respecté”, précise Fanirisoa Ernaivo, présidente du SMM.

La Cour d’Appel d’Antananarivo a confirmé l’interdiction de sortie du territoire de la conseillère spéciale de la présidence. “Moi, aussi je n’arrive pas à comprendre, car à la demande du Bureau Indépendant Anti-Corrupti (Bianco), j’avais émis deux interdictions de sortie du territoire (IST) à l’encontre de Claudine Razaimamonjy au mois de novembre 2016 et au 07 avril dernier”, a affirmé le Procureur Général près la Cour d’Appel d’Antananarivo, Randrianasolo Joseph. Ce dernier demande une enquête contre le sénateur Riana Andriamandavy VII.

Mais la Police de l’Air et des Frontières (PAF) n’était pas avisée de cette IST. “Tous les documents requis pour une évacuation sanitaire sont complets. Notre travail consiste à vérifier les documents de voyage. Son dossier administratif qui nous est parvenu ne mentionne aucune interdiction de sortie. Vous pouvez vérifier au ministère de l’intérieur. Claudine Razaimamonjy était munie d’une déclaration générale de voyage émanant de la Compagnie aérienne, d’un passeport, d’un certificat médical. Le motif du voyage est bien écrit sur les documents, elle sera en évacuation sanitaire à l’île Maurice. La procédure légale a été respectée et tous les documents transmis à la PAF étaient conformes à la procédure. Ces documents étaient dûment signés par les gendarmes, l’Aviation civile de Madagascar (ACM) et des représentants du Ministère de la Santé et de la Justice. D’autant plus, la vie humaine devrait primer sur une décision administrative” a déclaré lors d’un point presse ce jeudi 13 avril, le Commissaire Lebiria Ruffin Tolojara, Chef de la Police de l’Air et des Frontières (PAF).

Déclaration refutée par le Syndicat des magistrats qui avait souligné que la PAF n’a formulé aucune demande de levée de l’IST.  Soutenu par la plateforme de Solidarité Syndicale à Madagascar (SSM), le Syndicat malgache des Magistrats exige l’extradition de Claudine Razaimamonjy et réclame l’ouverture d’une enquête. Le syndicats des magistrats souhaite que des poursuites soient enclenchées contre les auteurs et complices de cette ex-filtration.

Jusqu’ici, les autorités  compétentes à Madagascar n’ont pas déposé de demande d’extradition auprès leurs homologues mauriciens. “Une demande d’extradition semble peu probable politiquement”, note un responsable de Société Civile, car selon lui, la femme d’Affaires, membre fondateur du parti présidentiel, HVM, bénéficie d’un soutien de son parti. Le président du pati présidentiel et ministre d’Agriculture, Rivo Rakotovao a réitéré, lors du congrès régional de son parti à Toamasina, le “soutien inconditionnel et indéfectible” du HVM à Claudine Razaimamonjy. “Il est d’ailleurs très difficile d’imaginer que Claudine Razaimamonjy, étant l’un des principaux bailleurs de fonds du président malgache, Hery Rajaonarimampianina,  pour la campagne présidentielle de 2013, soit extradée”, a conclu un observateur avisé. Des sources concordantes affirment que des membres du gouvernement et certains dirigeants du parti HVM auraient contribué pour rendre possible l’évacuation sanitaire de la femme d’affaires.

De son côté, non contacté par le gouvernement malgache sur cette affaire, le gouvernement mauricien par le biais du ministère des Affaires étrangères a déclaré ce mercredi 12 avril ne pas agir.

L’Ambassadeur des Etats-Unis à Madagascar, Robert Yamate qui a rendu visite ce jeudi 13 avril, au directeur général, Jean-Louis Andriamifidy, du Bianco pour exprimer le soutien de l’Ambassade dans les efforts qu’il a entrepris pour faire appliquer l’Etat de droit. L’Ambassadeur a dit qu’il espérait voir Mme Claudine Razaimamonjy retourner au pays maintenant qu’elle va mieux. “Elle a la responsabilité de revenir et de se défendre et finir le processus auquel elle fait partie de manière à assurer que ce processus soit ouvert, équitable et transparent. Son retour devrait terminer ce processus. Laissons le processus faire son cours et faisons-en un suivi et respectons l’Etat de droit. Le travail qu’ils ont fait doit être respecté. Souvenons-nous que la présomption d’innocence prévaut toujours et doit être respectée. Le processus doit continuer”, a déclaré l’Ambassadeur américain, Yamate.

Parallèlement, les leaders du syndicat des magistrats SMM ont été reçus par le Premier Conseiller de l’Ambassade des Etats-Unis, Stephen Anderson. Ce dernier a exprimé le soutien de l’Ambassade envers les efforts entrepris par le SMM pour l’application de l’Etat de droit.

Encore ce jeudi 13 avril, une  cérémonie de remise de matériel informatique qui s’inscrit dans le cadre du projet de coopération franco-malgache d’appui à la Justice, s’est déroulée à Ambohibao, en présence du directeur général du Bianco, Jean-Louis Andriamifidy, de l’Ambassadeur de France à Madagascar, Véronique Vouland-Aneini et des ambassadeurs de l’Union Européenne (UE), d’Allemagne, de Suisse, de Norvege, d’Angleterre, des Etats-Unis, de Japon et de la Banque Africaine de Développement (BAD). Ce projet vise notamment à coordonner les efforts pour renforcer les organes et les mécanismes de contrôle de la lutte anti-corruption. Le projet “Appui à la sécurité judiciaire et juridique à Madagascar” (ASEJJ) a été lancé en 2015 pour une durée de trois ans.

Le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a remis un véhicule au Bianco, toujours cette semaine. Cette dotation s’inscrit dans l’appui du (PNUD) au Bianco dans l’accomplissement de ses missions de mise en application de la législation anti-corruption.

Cette valse des diplomates ces derniers jours montre que l’Affaire “Claudine Razaimamonjy” prend une tournure diplomatique.

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